01 mai 2008

Joyeux très sombre, Theodor W. Adorno

Adorno1

Encore à nouveau malade sans pouvoir, paralysé, se tirer du côté de ce qui justement se dirait, si je pouvais. Me contenter de sortir quand même, seulement de corps (tant que dehors tient), encore debout. Entre deux fenêtres à peu près perdu, me demandant si justement ne s’indiquerait une troisième, justement laquelle, condamnée. Vieux corps d’écoute, ne s’entendant qu’à entendre les manifestations les moins sonores de l’attente, en dehors de soi. La tête ne supportant de déchiffrer quoi que ce soit, déchiffrer les journaux. Ne produisent aucune forme d’intelligence à l’intérieur, un vaste dégoût non pas du «monde», mais de ce que les journaux parviennent à en «dire». Je me souviens de l’enfance, quand on ne savait pas d’où nous parlaient les voix dans le papier, comme si elles étaient «crédibles», «honnêtes», «sérieuses». On connaît murs, tapisseries, famille étroite à peine, sans voyager plus loin que le sable d’Italie. On n’a pas encore bien connu presque rien, ni découvert qu’il y a des livres (en dehors de ces journaux qui se lisent), un principal le 24heures, les autres à la chance quand la voisine, madame Goumaz ce doit être, avant de jeter les siens. C’est formidable comme alors on peut croire, comme autour de soi les gens croient, trouvent dans les journaux ce qu’ils croient, les journaux écrivant ce que les journalistes croient (ou croient qu’il s’agirait de croire), un cercle dans lequel un monde devient clair, cohérent, universel à force de va de soi, littéralement idiot. Encore qu’après, l’école puis l’université perpétuent l’idiotie par défiance et «distance», ce rebut d’homme que disait Nietzsche, à cligner d’œil (comme de toujours de bien entendu, — mais de quoi?). Nouveau manège, si nouveau tour par Sciences sociales ou politiques, encore que l’animal puisse aussi cligner d’œil par Kant, Husserl, Heidegger, Althusser, Debord, Bourdieu ou Muray (c’est égal: du moment que)*. Nouveaux manèges nouveaux tours, à guichet de têtes plus ou moins farcies. Non, les journalistes ne racontent pas «n’importe quoi», seulement des saloperies précises dans une langue qui donne envie de ne pas être (à «traçabilité» de circonstances, moins difficile que tête de veau vinaigrette). Venant comme ils disent de «milieu social» comme de carcasse, on prend son temps, souvent encore surpris de me surprendre à être surpris de l’invraisemblable connerie des universitaires que je fréquente (à temps partiel et chou-fleur de Science artificielle), — comme je me surprends ce jour à me surprendre encore, quand je déchiffre les journaux. Sachant maintenant que nullement voix se croyant intérieure ne prétendrait à connerie moindre, ne restent que les corps vrais qui se portent, parfois transportés, dans l’invraisemblable obscurité (criminelle) du clair et cohérent, universel va de soi de l’idiotie des mots**. Me souviens à me taire de Minima Moralia, éblouissant aussi Michel Foucault. Va soudain mieux (de cœur), presque joyeux sombre, grâce à Theodor W. Adorno. Maintenant que va soudain mieux (d’un seul coup de «mémoire»), voit à nouveau que malade, encore à nouveau,…

* Et le prêtre de montrer cire de sagesse (ou d’occurrence de pasteur narco-pharaonique), Paul Ricœur ou le traître, Jürgen Habermas. Être né en juillet 1972, — quel très jeune très vieux con! Pour dire (à clarifier «image» en manière benjaminienne): voir le «visage» de François Mitterrand se grossièrement pixéliser d’écran, — mais quel très jeune très vieux con!

** Pour que «corps vrais» ne se prête à fascisme, cf. le très-aimé Alain Badiou.

Posté par sansadresse à 19:11 - Commentaires [0] - Permalien [#]


Commentaires sur Joyeux très sombre, Theodor W. Adorno

Nouveau commentaire