03 mai 2008

Angle mort nauséabond (la Suisse de Peter Rothenbühler)

Elfriede_Jelinek1

On ne se quitte plus, petite maladie et «moi». Comprends pas. Sitôt que ça semble, ça revient. Mieux, je sors; moins bien. Comment rester plus tranquille que ces derniers jours, sais pas. Tant que l’on peut encore faire comme si elle n’était pas tout à fait là, ça va. Il y a dans l’Espèce, bien avant la «littérature», une manière de Comme si. Pour honorer tradition familiale et citer petite maman: «Parle à mon cul, ma tête est malade». Par quoi il est possible d’entendre (si j’ai bien compris depuis l’enfance): «On dirait que tu n’es pas là». (Approximativement.)

Il y avait donc à sortir la carcasse, commissions pour les enfants ce soir, Quartier Général de campagne de Russie, en fin d’après-midi. Le baron Philipp von Boeselager est mort jeudi dernier, conjuré assassin manqué du Führer, le 20 juillet 1944, le 1er mai 2008. Sans trop y croire, je descends voir si, par hasard, Bernard-Marie Koltès. La libraire sert un client, me dit J’ai quelque chose à vous dire!, j’attends. Regardez voir, me dit-elle, c’est Antoine Volodine! M’en tiendrai quant à moi à Lutz Bassmann, Avec les moines-soldats et Haïkus de prison*. Pensait me l’apprendre, lui n’arrivant pas à faire comme si, me raconte ensuite le «parcours éditorial», comme si ne savais pas. Connivence que l’Espèce affectionne, sans rechigner. Me demande chaque année si je souhaite des entrées pour le Salon du Livre (Genève), répondant chaque année Non merci, merci beaucoup (Je suis touché). Agenda de la Pléiade (en support régulier de capitulation temporelle), comme si dans l’Idée que je me ruine (chaque jour pour ainsi dire que soleil), «méritant bien». Encore à nouveau touché. Je profite de la zone d’humanité franchement ouverte pour lui demander Minuit. Me raconte alors l’histoire, Jérôme Lindon et L’Âge d’Homme, camionnette se rendant à Paris pour transporter le stock, la raison du retard chronique, son politique bienfondé. Devant telle Raison me soumets rechignant quand même, quand je repense, quand même, à Bernard-Marie Koltès. Lutz Bassmann à lire, Koltès à Paris. Seulement que «Koltès à Paris» me projette dans Blanchot et Mallarmé (le vierge et très-peu vivace «aujourd’hui»).

Le 1er mai 2008, jour donc où meurt le baron Philipp von Boeselager, jour donc aussi où sortie de corps (sans trop pouvoir sortir de carcasse), des «autonomistes» viennent «troubler» ou «gâcher» la «Fête du travail», à Lausanne aussi. La «Fête du travail»! «Les gens, quand même» (Jean-Philippe Toussaint, in Monsieur, Minuit, 1986). Slogan (songeant à Maria Soudaïeva**): «Nous sommes la rage vivante d’une planète mourante». Émouvant. (Le Nous est frénétique.) Me souviens de ma première «manif’», ne sais en quelle année, contre les banques qui soutenaient l’Apartheid. Sortant de la «manif’», entrant dans le Café Romand, insulté par la serveuse à bijou d’or très-viril dansant sur la poitrine, amusant. «Il veut quoi le petit con à lunettes excité?», encore à nouveau, très-touché. Quelques années plus tard, les sacs d’ordures que nous projetons contre une autre banque (l’embarras du choix n’embarrassant guère l’Action restreinte, en Suisse). Quoi de plus naturel, je veux dire de plus conforme à nature, que de projeter le Signifiant contre la Chose? (Amor intellectualis.) Josef Fritzl, dont le Château craint le suicide (prison d’Amstetten): «citoyen parfait», d’«ordre» et d’«allure». Grossier immonde salopard imbécile de Peter Rothenbühler (Rédacteur en chef du «Matin», «Le quotidien romand»!), écrivant «C’est peut-être là qu’il y a un problème particulier en Autriche: quand la façade est belle, et Dieu sait qu’il y a de belles façades à Vienne, on n’aime pas trop gratter». Un «problème particulier en Autriche», écrit le grossier immonde salopard imbécile Peter Rothenbühler, en Suisse! (Un moment de petite bonne humeur.)

Quand les enfants seront couchés (ce soir), oreilles branchées, me reprojeter La Pianiste***.

Qui fait Thomas Bernhard, Elfriede Jelinek, en Suisse? Max Frisch et Friedrich Dürrenmatt étaient des enfants de chœur, Niklaus Meienberg décédé suicidé? Merde alors, qui fait? Et ce grossier immonde salopard imbécile de Peter Rothenbühler qui ose écrire que l’Autriche est un «cas particulier», en Suisse! A-t-on jamais vu ce grossier immonde salopard imbécile de Peter Rothenbühler renoncer à écrire une moindre ou abjecte infamie? Je lis tout (depuis le début), — jamais vu!

* Verdier, «Chaoïd», 2008, deux fois.

** Maria Soudaïeva, Slogans, trad. du russe par Antoine Volodine, L’Olivier, 2004.

*** Michael Haneke, La Pianiste (2001), DVD, mk2, 2004.

Posté par sansadresse à 16:00 - Commentaires [2] - Permalien [#]


Commentaires sur Angle mort nauséabond (la Suisse de Peter Rothenbühler)

    A propos de Lutz Bassmann, il se passe beaucoup de chose de ci de là, notamment sur le web, voir par exemple un canalblog qui s'appelle Flagrant Délit.

    Posté par Gaotian, 04 mai 2008 à 20:07 | | Répondre
  • Je regarderai, merci! Je viens de lire les Haïkus de prison dans la salle d'attente du dentiste, avant de me faire arracher (extraire, disent-ils) ma première dent de sagesse.

    Et dans le bus commencé, Avec les moines-soldats, avant le réveil de gueule.

    Merci, vais regarder tout ça (j'ai déjà vu le texte de F. Bon, amusant). Bien à vous,

    Posté par Th., 05 mai 2008 à 16:40 | | Répondre
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